Sleeper cell : 2.08 Réunion
Dernier épisode de Sleepel cell. Ce type d’épisode n’est jamais facile car il n’y aura plus rien après. Ça fait inévitablement des déçus. Si le final n’est pas parfait, je le trouve satisfaisant malgré la fin ouverte vers une saison 3 qui ne verra jamais le jour. Darwyn impuissant voit Farik s’enfuit le laissant épuisé et meurtri sur le sol d’un petit village du Yémen. C’est un peu frustrant, ça va s’en dire mais j’ai trouvé cette fin assez juste car il n’y a pas de happy end ni de triomphalisme béat devant la grandeur de l’Amérique. Les dernières secondes de ce final sont très fatalistes. Et je ne voyais pas la série se terminer autrement.
Cet final est en fait un épisode quasiment indépendant du reste à propos de la vengeance d’un homme qui a tout perdu et qui est prêt à mourir pour sa cause. La confrontation ultime entre Darwyn et Farik vire au règlement de compte à la mode Far west. Je n’ai pas trouvé cet affrontement très réussi, c’est trop différent de la série cette plongée brute dans l’action et la déception vient de là. Tout le reste de l’épisode est très bien mené et j’ai préféré le face à face idéologique entre les deux hommes. C’est à celui qui sera le meilleur musulman. Je suis d’accord avec l’agent de la CIA, Darwyn est tout aussi fanatique que Farik, la différence est qu’il se trouve à l’autre extrême. Il n’en emploie pas moins les mêmes méthodes violentes. Darwyn s’en remet également aux textes religieux pour justifier ses actes. Ils ne sont finalement pas si différent l’un de l’autre. Et si Darwyn part à la recherche de Farik c’est avant tout dans un désir de vengeance.
La visite de Darwyn à Marcus était un moment plein d’émotion. Darwyn est extrêmement marqué. Il ne tente pas de racheter sa conduite auprès de la sœur de Gayle. Il veut simplement l’aider et faire son possible. On sent également qu’il coupe les ponts avec son ancienne vie, décidé à partir en kamikaze pour détruire Farik pour de bon quoi qu’il puisse lui arriver.
Si on met de côté le fanatisme, l’histoire de Farik et de sa femme est une formidable histoire d’amour. Ils ont survécu aux tortures, à l’humiliation, à la peur et ils se retrouvent toujours aussi unis. Comme toute histoire d’amour mythique, la fin ne pouvait être que tragique. La mort de Samia est un moment poignant. La douleur de Farik est énorme. C’est l’un des bons points de la série et tout spécialement de la saison 2. On humanise fortement les terroristes. La mort de Samia est ainsi encore plus poignante par rapport celle de Gayle dans l’épisode précédent. La loi du talion a parlé.
J’avais l’espoir de voir Ilija réagir et revenir dans le droit chemin. Ça n’a pas été le cas. Du coup, le personnage reste assez ambigu. On comprend qu’il n’agit pas avec enthousiasme auprès de Farik. Il n’a pas le choix, il doit suivre et il aurait sans doute préféré mourir dans l’attaque au missile qui a tué Samia et d’autres combattants. Il représente le soldat inconnu, emporté bien malgré lui dans l’histoire, ne pouvant faire entendre sa voix et préférant suivre le mouvement au risque de représailles. C’est à la fois tragique et terrible.
Bilan : Un épisode assez différent du reste de la série. Les masques tombent et la fin sombre est à l’image de cette saison 2 où il n’y a pas de rédemption pour aucun des personnages. Le message final est pessimiste. La guerre contre le terrorisme est loin d’être gagnée, elle est complexe et contrairement à 24 ce ne sont pas les gentils qui gagnent à la fin. Ni les méchants d’ailleurs. On est davantage dans un éternel recommencement où les attaques des uns entraînent une riposte des autres. Une chaîne sans fin. On peut aussi se demander ce qu’aurait été la saison 3. Sans doute très différente vu la position de Darwyn. Comme j’aime le dire certaines séries ne sont pas faite pour durer. Sleeper a eu une saison 1 exceptionnelle. La saison 2 a elle aussi était réussie. Pas besoin d’en rajouter plus. Elle m’aura néanmoins marqué par sa manière d’appréhender l’Islam et de décrire des personnages complexes torturé par la religion et jamais manichéen. Sleeper cell aura non seulement été une grande série mais aussi une série importante avec un vrai message comme on voudrait en voir plus souvent sur nos écrans. La saison 1 de la série sera d’ailleurs diffusée dès le 12 janvier à 22h35 sur France 4.
4:07
Quel dernier ( fort malheureusement pour nos yeux, nos oreilles et surtout dans cette série, notre cœur ) épisode ! C’est dire à quel point il se trouve en un état satellite vis à vis des autres de la saisons 2.
N’étant pas un grand amateur de série américaine pour causes des clichés qui en découlent, j’ai découvert Sleeper Cell avec une grande joie et surtout un éblouissement total ; comment pouvons-nous être aussi loin de ce que la thématique habituelle pouvait aborder à l’époque, c’est assez fou.
Le réalisme y est non seulement très fort mais incroyablement prenant, l’approche non viciée de la religion musulmane m’impressionne encore mais ce que je trouve assez incroyable – et ce que cet épisode 8 montre avec une beauté fulgurante – c’est l’épique de la série en elle-même sans pour autant héroïfier les protagonistes.
Pour ce qui est de la réflexion, ce n’est pas pour me vanter mais, le monde n’est pas une teinte noire ou blanche, le gouvernement Bush fut assez idiot pour le prôner avec zèle mais bon, je le savais, vous le saviez et beaucoup le savent. Ce ne doit pas être assez, c’est certain mais dans tout les cas, un terroriste ne le devient pas par envie, c’est d’ailleurs assez réductionnisme de notre part de les citer comme terrorisme, je trouve, car ils sont bien plus que cela, c’est à dire comme nous tous, des êtres humains.
La fin est plus que frustrante, il est vrai. Cependant, quand vous lisez un livre palpitant et quand vous arrivez doucement à la fin, fin que vous ne voulez pas atteindre car vous saurez qu’il n’y aura plus rien derrière d’écrit mais juste notre imagination, et bien nous sommes heureux, satisfait. Je ne connais que peu de série étant capable d’inspirer une telle émotion.
Bien sûr, j’encense beaucoup cette série qui n’a, ma foi, bénéficié uniquement d’un scénario potable basée sur trois axes ‘ Darwyn, Farik, Ilija ’mais pour le reste des personnages… impossible de faire mieux que ceux de la saison 1, possédant tous une étincelle charismatique remarquable. Même si, j’avoue avoir été bluffé par cet interrogateur – auquel j’ai cru qu’il voulait vraiment aider Farik de manière moins… brutale à parler mais bon… -
En même temps, sous une certaine mesure, nous pouvons être heureux qu’il existe ce genre de série mais ont-elles un impact réel sur le peuple ‘dominant’ de la civilisation occidentale ? Avec les « brainwash »tel 24 et leur Jack Bauer plus que survitaminé à chaque épisode mais même si, nous sortons du contexte terrorisme et si nous prenons les séries d’enquêtes de gare comme NCIS… je peux dire timidement que Sleeper reste un caillou face à des montagnes médiatiques. Nous avons la pierre, il ne nous manque plus que David, non ?
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18:42
Merci pour ces reviews, d’une grande série, en effet (Mon visionnage de la série remonte à trop d’années pour que je puisse commenter épisode par épisode tes critiques). J’espère que la diffusion sur France 4 amènera de nouveaux curieux à découvrir tout son potentiel.
J’avoue que j’admire beaucoup cette série. Sur une thématique moderne très exploitée (terrorisme), Sleeper cell se détache du réductionnisme trop souvent rencontré (ex. type 24), pour adopter une approche parfois rigoureuse, parfois presque quasi-documentaire (elle me fait un peu penser à The Grid (Etat d’Urgence) dans ce créneau), mais qui sonne toujours réaliste et ne laisse pas indifférent. Elle n’est pas manichéenne, et propose une réelle réflexion au téléspectateur, sans lui imposer ces clichés sur clichés trop courants sur le sujet. Elle dépeint un univers nuancé, explorant les motivations de chacun, parfois le déterminisme ou la fatalité qui les ont conduit là (diversités des origines, des raisons, etc…). Elle prend aussi le temps de s’arrêter sur la question de la religion, de dresser un portrait ici encore tout en nuances, renvoyant parfois dos à dos tout le monde, en soulignant l’impossibilité du dialogue. Mais elle ne stigmatise pas.
Pour rappel du contexte, la saison 1 de Sleeper Cell avait été diffusée aux Etats-Unis fin 2005, la même année que la saison 4 de 24 sur la Fox. Saison 4 qui évoquait justement les cellules dormantes, versant dans le “terrorisme familial”… Face à cette caricature, à l’époque, la Fox avait dû diffuser un message durant une pause publicitaire au cours d’un épisode pour préciser que les musulmans américains condamnaient également le terrorisme, suite à la polémique que cela avait fait naître.
Le contraste entre les deux séries avaient été particulièrement flagrant. En un sens, Sleeper Cell c’est par bien des côtés un “anti-24″.